Castlevania : Lords of Shadow 2 reste dans l’ombre

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En 2010, Lords of Shadow s’était glissé parmi les titres marquants de l’année grâce à une refonte ingénieuse et efficace de la série Castlevania. Entre son scénario et son esthétisme tous deux emprunts des codes gothiques, le jeu surprenait par son audace, aussi bien en matière de gameplay que de mise en scène. Nous sommes en 2014 et Gabriel – héros du premier volet – est devenu Dracula. Se déroulant plusieurs siècles après le premier épisode, Castlevania : Lords of Shadow 2 est tournée vers la modernité, mais le résultat est-il concluant ?

Devenu Dracula, Gabriel est réveillé par son vieil ami nécromancien Zobek. Ce dernier fait une offre que le vampire ne peut refuser : une mort mettant fin à sa triste immortalité en échange de son soutien pour affronter les acolytes de Satan. Troisième volet d’une trilogie commencée par l’excellent Lords of Shadow et le plus décevant Mirror of Fate, Lords of Shadow 2 déçoit sur bien des aspects. Sur le plan scénaristique déjà, le titre accumule les incohérences et passages ubuesques. Mêlant deux univers (le monde réel et l’esprit de Gabriel), le jeu souffre d’une narration chaotique et ne justifie que trop rarement le passage d’un univers à l’autre. Ces mondes, justement, sont plutôt réussis sur le plan esthétique et mêlent assez habilement passé et modernité.

En plus de son fouet de l'ombre, Dracula dispose de deux armes : l'une défensive et l'autre offensive. Dommages que les affrontements soient si inintéressants (en particulier ceux contre les boss).

En plus de son fouet de l’ombre, Dracula dispose de deux armes : l’une défensive et l’autre offensive. Dommages que les affrontements soient si inintéressants (en particulier ceux contre les boss).

En revanche, on regrette que le titre ait abandonné la majorité des références gothiques présentes dans le premier épisode. Du bestiaire (principalement constitué de monstres) aux environnements, Lords of Shadow 2 semble faire un doigt d’honneur à son passé et renie sa force d’antan. Un constat symbolisé par la disparition de la caméra fixe au profit d’une caméra libre. C’est dommage, car les plans fixes de Lords of Shadow étaient synonymes d’audace et mettaient en valeur les lignes verticales des bâtisses. De l’atmosphère d’antan, il ne reste guère que quelques décors (cathédrale, château) et l’introspection de Gabriel, très gothique dans le fond mais assez maladroitement exploitée.

Déjà discutables en matière de background et de narration, les choix des développeurs deviennent catastrophiques lorsqu’il s’agit du gameplay. En devenant Dracula, Gabriel a acquis des pouvoirs liés à son rang de prince des ténèbres. Ainsi, il peut désormais morde ses opposants pour récupérer de la vie, mais aussi se transformer en rat ou en brume pour esquiver ses ennemis et traverser certaines parois. Le souci, c’est que rien ne justifie l‘utilisation de ces nouvelles capacités ; et elles peinent autant à s’inscrire dans l’histoire que dans la structure particulièrement simpliste des niveaux. Par exemple, si Dracula peut se transformer en rat, c’est uniquement en des zones précises et ombrageuses. Toutefois, rien n’explique pourquoi ces zones sont situées à tel ou tel endroit. Et pareil pour la brume, qui permet de traverser des grilles mais est incapable de transporter le héros derrière un mur disposant d’un trou béant. Globalement, l’univers manque terriblement de cohérence.

Une direction artistique réussie et des musiques excellentes... ce sont les seules choses à retenir de ce Castlevania.

Une direction artistique réussie et des musiques excellentes… ce sont les seules choses à retenir de ce Castlevania.

Un constat accentué par la présence de phases d’infiltration. Extrêmement punitives (on est certain de mourir une fois repéré) et ne laissant aucune liberté d’action, ces passages paraissent issus d’un autre temps. Les combats font à peine mieux, avec des mécaniques certes efficaces mais des ennemis souvent épuisant, que ce soit par leur nombre ou par la durée de certains affrontements. On pense surtout aux boss, parfois anormalement longs et ennuyeux… et complètement représentatifs des soucis animant ce Castlevania.

A la sortie de Lords of Shadow et malgré les critiques positives, MercurySteam considéraient que le jeu possédait un certain nombre de défauts liés au classicisme qui l’habitait. Pourtant, cela donnait au titre un charme particulier, notamment au regard des productions actuelles. Avec Lords of Shadow 2, le studio a orienté la série vers les succès commerciaux en y transposant des mécaniques fourre-tout. Pourtant, malgré l’arrivée de phases de jeu annexes (les passages d’infiltration en tête), le titre ne fait que surfer sur une vague trop grande pour lui. Car au final, les nouvelles possibilités s’avèrent trop simplement exploitées pour y trouver un quelconque intérêt. Plus que de traiter de l’histoire de Gabriel et Dracula, la trilogie aura fini par nous conter la descente aux enfers d’une adaptation qui, à l’origine, avait tout pour marquer son temps.

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