Creed : L’héritage de Rocky Balboa, l’élégance du boxeur

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Avec six films, Rocky est devenu l’emblème d’un sport, un peu au même titre que Zidane ou Michael Jordan en leurs temps. En effet, Balboa a un statut improbable pour un sportif fictif : petit, chacun souhaite devenir « aussi fort que Rocky ». Mais ce statut est avant tout la résultante d’un état d’esprit véhiculé pendant plus de trente ans. Et comme tout sportif voué à prendre une retraite bien mérité, il était nécessaire de trouver une nouvel idole.

De ce point de vue, Creed est un film particulièrement malin, à mi-chemin entre l’héritage et le renouveau. Décédé dans Rocky IV, à la suite d’un combat contre Ivan Drago, Apollo Creed a laissé derrière lui une maitresse et un fils : Adonis Johnson. C’est lui qui représente « l’héritage de Rocky Balboa » (comme l’explicite le sous-titre français du film). Pourtant, si le film s’ancre dans le présent, c’est justement parce qu’il utilise habilement des thématique actuelles. Car sous couvert du deuil d’un père qu’il n’a jamais connu, Adonis poursuit une quête identitaire omniprésente tout le long du film. C’est ce que le long métrage ne cesse de souligner, obligeant son héros à s’appelait Creed tout en l’encourageant à appeler Rocky « tonton ».

En découle des scènes d’une symbolique et d’une beauté qui n’ont d’égale que leur simplicité. Comme ce moment où Adonis regarde un affrontement entre Apollo et Rocky, avant de se mettre à combattre son père en mimant les gestes de son adversaire. C’est dans sa simplicité omniprésente (et qui a fait la force des plus beaux épisodes de la saga) que Creed puise l’énergie des plus grands. Un peu comme un boxeur qui se cale sur son adversaire, le film ajuste les coups bien sentis.

C’est le notamment cas lorsqu’il revient aux fondations-même de ce mythe cinématographique. Rappelant inévitablement le film de 1975, il en reprend quelques trajectoires plutôt malignes, comme cette histoire d’amour entre un héros gauche et une magnifique chanteuse destinée à être sourde. En ces moments, le jeune cinéaste Ryan Coogler nous rappelle ce qui faisait la force de Fruitvale Station : sa capacité à humaniser ses protagonistes. Entre cela et la maladie de Rocky (impeccablement interprété par Stallone), Creed est évidemment une ode au « fighting spirit ». Quoi de plus normal pour une saga qui a fait de son côté exaltant son plus grand atout.

Ne trahissant jamais ses origines tout en s’inscrivant dans l’époque actuelle (Rocky découvre les smartphone ou les tablettes), Creed ne peut pourtant s’empêcher de véhiculer les valeurs traditionnelles de l’Amérique, celles d’un rêve américain fantasmé. Quand Rocky revivait sans cesse le même film, devant toujours retrouver ses origines de petites gens pour atteindre le firmament de la boxe, Adonis doit perdre sa Ford Mustang et troquer sa villa contre un appartement miteux. C’est seulement après avoir abandonné cet héritage que notre héros peut assumer ses origines et briller aux yeux de tous.

Ainsi, les matchs de boxe (finalement au second plan et intelligemment court-circuités par le statut du héros) restent les seules récompenses clinquantes d’un film qui nous explique, à travers ses affrontements filmés en plan-séquences ou en gros plans, que la rigueur est au centre d’un accomplissement personnel représenté par des chorégraphies millimétrées. On pourra penser ce qu’on veut de l’Amérique et de ses discours, mais force est de constater que, parfois, elle sait les véhiculer avec un savoir-faire et une simplicité qui n’ont que peu d’égal. Certains reprocheront peut-être à Creed de ne pas « tuer le père » (l’un des maux d’Hollywood aujourd’hui), mais l’exercice d’équilibriste est si habilement mené qu’il faudrait être de mauvaise foi pour bouder ce feelgood movie plus subtil qu’il ne parait.

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