Django Unchained, le sauveur de Tarantino ?

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Toujours obsédé par l’Amérique, Tarantino nous livre une parabole sur l’esclavagisme. Quoi de plus normal pour un réalisateur qui, depuis ses débuts, fait de la communauté noire l’un des points névralgiques de ses longs métrages.

Ce n’est certainement pas un hasard si Django Unchained arrive en cette année 2013, alors que la filmographie de Tarantino devient conséquente : on ne peut s’empêcher de voir en Django la figure dont découleraient les afro-américains de ses précédents films. Le long métrage conserve ce grain de folie propre au metteur en scène, réussissant à faire de Django un porte étendard de son œuvre mais aussi le vengeur d’une communauté. Finalement, c’est ce que nous raconte Django Unchained : comment un esclave libéré de ses chaînes devient le héros d’un peuple. Un point explicité par Christopher Waltz comparant Django au personnage de Seigfried dans les légendes scandinaves. Le film n’est ni plus ni moins qu’un parcours initiatique pour le personnage de Jamie Fox, petit garçon qui prend peu à peu la place des blancs, que ce soit lorsqu’il monte à cheval, quand il utilise un fouet, lorsqu’il se fait passer négrier ou, point culminant du long métrage, quand il devient la pure figure du cow-boy américain. L’un des derniers plans, basé sur un jeu d’ombres et de silhouettes, va même jusqu’à faire de Django et sa dulcinée le couple modèle du cinéma hollywoodien. Où quand le noir devient enfin l’égale des blancs.

En parlant de mise en scène, on retrouve dans Django Unchained cet attachement si caractéristique à la violence, celle-là même sur laquelle se sont fondés les Etats-Unis. A l’exception de certains passages, c’est dans cette violence que Tarantino nous rassure et brille. Le bonhomme a l’art de retranscrire la violence sans véritablement la montrer. Les images les plus dures (corps déchiquetés, yeux crevés, etc.) sont quasi-subliminales et mettent le gore de côté. A ce titre, un plan marque les esprits : un cavalier abattu en pleine course, de nuit. Seules les pattes de la monture sont filmées, ne laissant entrevoir que d’infimes gerbes de sang une fois le coup tiré. Est-ce le cheval qui est touché ? Un corps tombe et c’est par un travelling vertical que l’on découvre le cheval, sauf mais recouvert d’un rouge presque ridicule. Magnifique. C’est toute une vision de la violence qui est résumée : l’acte et le ses conséquences priment sur le reste. Le grand moment de Django Unchained reste pourtant la fusillade dans la demeure de Calvin Candie, un négrier interprété par Leonardo DiCaprio et suppléé par un brillant Samuel L. Jackson. Dans ce passage, le héros se trouve encerclé par une horde de cow-boys; et les balles et effusions de sang traversent l’écran avec des ralentis n’ayant rien à envier à l’œuvre de John Woo (l’hommage est évident). Si la scène est si belle, c’est parce qu’elle banalise la violence avec une grande subtilité. Les balles fuses, transpercent les corps, mais les plans sont si rapprochés ou éloignés qu’il est impossible d’être dégoûté par ce passage aussi pictural que surréaliste. Et quand on se rend compte que le bruit des balles s’apparente à des boulets de canon et leur impact à ceux d’obus, le rapprochement avec la guerre de sécession est inévitable.

Pétri de bonnes intentions, Django Unchained ne fait pas carton plein pour autant. Si des éclats de mise en scènes sont présents, le rythme n’est pas toujours au rendez-vous. Un constat qui vaut pour la mise en scène relativement plate de certaines séquences, mais aussi pour la qualité d’écriture soufflant le chaud et le froid. Alors qu’on salue l’audace générale du long métrage (il est incroyable de voir les frères Brittle dès le début du film), des longueurs se font sentir et quelques rebondissements sont assez maladroitement amenés (cf. la façon dont la romance entre Django et Broomhilda est dévoilée). Plus gênant encore: le nombre ahurissant de musiques, si bien qu’on a souvent l’impression d’avoir affaire à un gigantesque clip. Certaines scènes auraient probablement gagné à être plus sobres, surtout que le film y va parfois de sa musique grandiloquente, à la limite du (trop) ridicule. On veut bien voir Für Elise de Beethoven comme une réminiscence d’Inglorious Basterds, mais il y a des limites à tout… Et il en va de même pour d’autres pistes à l’utilisation facile comme le Requiem de Verdi. C’est à cause de ce type de choix que les détracteurs de Tarantino ne pourront s’empêcher de voir en Django Unchained un bon film au relent de recette relativement fade. C’est dommage car, pour sûr, certains passages valent vraiment le détour.

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