Edito du mois de janvier 2015

Non, cet édito n’a pas été publié le 1er janvier, ni même le lendemain. Dans un monde pressé comme le nôtre, cela fait tâche. Pourtant, parfois il n’y a pas de mal à prendre son temps.

Que retenir de 2014 ? La progression, une fois encore, de la société de l’instantané. Et quelle tristesse ! Dans mon enfance, les joueurs aimaient jouer et lorsqu’ils regardaient leurs amis manette en main, c’était autant avec envie qu’avec frustration. Il y a encore quinze ans, nous nous battions pour prendre le pad le temps d’une vie, d’un niveau ou d’un affrontement contre un boss. Le monde a changé. Depuis l’avènement d’internet et l’accès immédiat à l’information, l’Homme est plus impatient que jamais.

C’est ainsi que les plateformes de streaming ont explosé, y compris dans le jeu vidéo (au point d’être intégrées dans les dernières consoles en date). Les joueurs prennent désormais du plaisir à regarder des inconnus jouer et commenter leurs parties, tout en prenant soin de critiquer les titres actuels sans même avoir poser leurs mains sur la manette. « Alien Isolation ? J’ai vu un mec y jouer et ça ne fait pas vraiment peur », disait l’une de mes connaissances il y a quelques semaines.

Et le pire, c’est que cela est devenu naturel. Le prix des jeux, leurs dates de sorties… tout est bon pour jouir de l’instantané ou le créer. Les trailers sont analysés à la loupe, les « journalistes » continuent de donner leurs avis sur des titres en cours de développement tandis que les éditeurs et développeurs font de la précipitation un moteur de ventes (phases de bêta, accès anticipés, bonus de précommande). Comme d’un accord tacite, le temps est exclu par les consommateurs et les acteurs de l’industrie.

Il serait facile de clamer que le rythme sporadique de publication de Focale-Courte découle de la volonté d’aller à contre-courant de la norme. Pourtant, si cela était possible, évidemment que les articles ne seraient pas publiés de la sorte, c’est-à-dire par salve et tous les six mois. Ne nous trouvons pas de fausses excuses. Néanmoins, il n’y pas de honte à mettre en ligne un papier un, deux ou trois mois après la sortie d’une œuvre. Du moment qu’une vision singulière est présente (du moins je l’espère) et que les notions d’analyse et de partage soient prépondérantes, cela n’est pas grave.

Je profite donc de cette digression annuelle pour vous souhaiter à tous une bonne année 2015. En espérant que ce nouveau cycle vous apportera santé, bonheur et patience.

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