Elysium, la confirmation ?

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En 2009, alors que James Cameron et son ogre Avatar écrasent tout sur leurs passages, un autre réalisateur parvient à tirer son épingle du jeu. Ce metteur en scène, c’est Neil Blomkamp. Inconnu au bataillon, ce dernier a été déniché par Peter Jackson suite à quelques courts métrages. C’est ainsi que District 9, belle et audacieuse parabole sur l’apartheid, a vu le jour. Les années ont passé et Neil Blomkamp revient avec Elysium, son nouveau film lui aussi animé par un sentiment de justice.

Loin des préoccupations terrestres, Elysium est une station spatiale destinée aux humains les plus aisés. Dans ce monde fait de villas dépeuplées, quelques privilégiés ont accès à des medbox, sortes de scanner guérissant la maladie et reconstituant des corps endommagés, si bien que les habitants sont presque immortels. Sur Terre, Max Da Costa est un ouvrier ayant toujours rêvé de faire un aller-simple vers Elysium. Après un accident de travail, celui-ci se retrouve irradié. Se sachant condamné, il accepte un sale boulot lui permettant de rejoindre la station spatiale pour se guérir. Sur sa route : Kruger, un agent infiltré bien décidé à lui mettre des bâtons dans les roux. Heureusement, la pose d’un exosquelette lui permet de mieux supporter les radiations et d’affronter les pires droïdes. C’est de cet attirail faisant de notre héros un super-soldat que le film dégage sa maestria visuelle. Comme pour symboliser la supériorité de Da Costa, la réalisation alterne subtilement entre style documentaire et plans plus grandioses : ralentis, images quasi-fixes, travelling d’une fluidité exemplaire… en mêlant deux écoles, Neil Blomkamp retranscrit avec brio l’impact de la cybernétique sur le corps de Matt Damon. Symbole de cette audace, le combat final inclut quelques courts travellings circulaires, comme pour mieux retranscrire la robotique des mouvements.

Mais derrière son histoire épique (celle d’un homme se transformant un surhomme pour affronter une institution) se cache une ambition encore plus colossale, de celles qui font d’un film une œuvre à part entière. Max Da Costa, jeune garçon ayant toujours été frappé par l’injustice sur Terre, se voit rappeler son devoir par une amie d’enfance dont la fille souffre également d’une maladie ; et la soif de justice de cette homme n’est ni plus ni moins que celle de Neil Blomkamp. Derrière cette histoire de ségrégation sociale (le Ministre de la défense d’Elysium n’hésite pas à exterminer quiconque pénètre l’espace aérien) se trouve une quête d’égalité, pour le héros mais aussi pour le réalisateur. Dans Elysium, l’injustice est représentée par l’inégalité vis-à-vis des soins médicaux. Alors qu’Obama a peiné à faire passer sa réforme du système de santé américain, difficile de ne pas voir en ce discours un message fort (d’autant que l’action se déroule aux Etats-Unis). A noter que les habitants d’Elysium ont pour habitude de parler français. Est-ce pour renforcer le côté huppé de la station spatiale ou est-ce un clin d’œil à la sécurité sociale française (l’un des modèles du genre), difficile de se faire un avis tranché.

C’est donc de son discours militant qu’Elysium tire sa force. Après un District 9 dénonçant l’apartheid ayant sévi dans son pays natal, Neil Blomkamp conserve une fureur égalitaire éblouissante. Et c’est ce qui donne à Elysium ce cachet particulier. Car sous la thématique égalitaire, la direction artistique ou même l’utilisation de Sharlto Copley en méchant improbable se trouve un prolongement saisissant de District 9. C’est ce rapport entre les deux films qui pousse à l’évidence : Neil Blomkamp est un auteur, en plus d’être un sacré metteur en scène. Il est là, le principal enseignement d’Elysium.

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