Exodus : Gods and Kings, le pèlerinage de Ridley Scott

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Deux ans après Prometheus (à la fois prequel, spin-off et hommage à Alien) et un an après Cartel, Ridley Scott est de retour avec Exodus : Gods and Kings. Et ce n’est sûrement pas un hasard.

Ceux qui ont vu Prometheus le savent : ce film de science-fiction partait dans tous les sens, se cherchant sans cesse et donnant au final une œuvre assez singulière, sorte de monstruosité mal aimée et bouffant à tous les râteliers. Malgré quelques scènes fortes, le film reste controversé et certains se demandent encore ce qui s’est passé dans la tête de Ridley Scott. Avec Exodus : Gods and Kings, le cinéaste semble revisiter le périple de Moïse en guise de rédemption. Ainsi, le film est d’un classicisme exacerbé, comme si revenir aux fondamentaux du cinéma américain était nécessaire après la semi-déroute liée à Alien.

Loin du tout-spectacle régissant Hollywood depuis près de deux décennies, Exodus se concentre étonnamment sur la relation entre Moïse et Ramsès, deux frères qui se voient séparés par une prophétie. On comprend rapidement que l’enjeu du film n’est pas tant le périple d’un Moïse sauvant le peuple hébreux que la souffrance d’un homme ayant perdu un frère. En ce sens, il est nécessaire de rappeler que Tony Scott est décédé pendant le tournage de Cartel et qu’Exodus lui est aussi dédié. Difficile de voir là-dedans une simple coïncidence.

Dans Exodus, Moïse est le pion d’un tyran divin et agit dans un doute perpétuel, comme en témoigne sa réaction lorsqu’il apprend que Dieu fomente de tuer des enfants dans leur sommeil – y compris celui de Ramsès. De ce point de vue, le long métrage évite tant bien que mal la comparaison avec le monument de DeMille et se rapproche de Noé. Le sous-titre du film n’est pas anodin : les hommes ne cessent de se prendre pour Dieu tandis que ce dernier est représenté par un enfant capricieux. Hélas, le discours reste trop timoré pour en faire une œuvre aussi tranchante que celle de Darren Aronofsky.

La comparaison avec Les Dix Commandements est d’autant plus compliqué que le film de Scott fait plus dans le sentimentalisme que dans le spectacle. D’ailleurs, le final est plutôt expéditif (les fléaux, la traversée de la mer des Joncs) et le montage se résume parfois au strict minimum. Evoquons par exemple ce cheval se faisant dévoré par la mer, et dont les seuls apparitions auparavant se résument à deux plans (un soldat tombe de sa monture et celle-ci s’éloigne en arrière-plan dans une image furtive). En ces moments, le réalisateur revient à une dialectique simpliste référant au cinéma du début du XXème siècle.

On se prend alors à imaginer ce qu’aurait pu donner le film dans une version longue ou, plus intéressant encore, avec un final encore plus abstrait (pour ne pas dire expérimental). Toujours est-il qu’à défaut de véritablement surprendre et emballer, Exodus : Gods and Kings semble être un film nécessaire au renouveau de Ridley Scott. Une œuvre qui en appelle donc une autre.

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