Le Transperceneige, la lutte des classes vue par Bong Joon-Ho

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Depuis le succès international de The Host en 2006, Bong Joon-Ho est considéré comme un prodige du cinéma Coréen. C‘est pendant la pré-production de son film de monstre que le réalisateur découvre Le Transperceneige, une BD française en trois volumes parue au début des années 80. Dès lors, Bong Joon-Ho savait qu’il réaliserait une adaptation de cette BD une fois le tournage de The Host terminé. Après quelques années lors desquelles il tourna son dernier long métrage en date (Mother, 2008), le cinéaste coréen nous livre enfin son film si longtemps fantasmé.

Par son pitch atypique, Le Transperceneige se prête parfaitement à l’exercice cinématographique. Alors que le réchauffement climatique a poussé l’humanité à créer une nouvelle ère glaciaire, les derniers Hommes ont trouvé refuge dans le Transperceneige, un train bravant le froid en parcourant le monde inlassablement. L’intérêt dramaturgique est on ne peut plus simple : tandis que les riches vivent à l’avant de cette arche mouvante, les plus pauvres vivent à l’arrière, dans la décadence et la puanteur. « Tout le monde doit tenir sa place », affirment les plus riches (bien aidés par les forces militaires). Conscient que les choses ne tournent pas rond, un homme du nom de Curtis s’impose comme leader d’une révolte pouvant changer l’humanité. Si cette histoire de lutte des classes est somme toute assez classique, Bong Joon-Ho est parvenu à donner de l’ampleur au projet dès son élaboration. Ainsi, à l’instar de ce qui reste de l’humanité dans le film, Le Transperceneige est un projet étonnamment multiculturel. Né en Corée (le film a été porté par Park Chan-Wook), cette adaptation d’une bande dessinée française a vu poindre des acteurs américains. Chris Evans et John Hurt sont ainsi de la partie. Co-Production Coréenne, Américaine et Française, Le film de Bong Joon-Ho est donc à l’image de son pitch : une belle fable sur la capacité qu’ont les hommes à s’allier.

Mais l’intérêt du Transperceneige ne réside pas tant dans son pitch que dans sa mise en scène. Tout cinéaste verrait en ce long métrage un beau défi cinématographique, celui de mettre en scène une action se cantonnant aux wagons d’un train. Bong Joon-Ho retranscrit à merveille la progression de Curtis et ses compagnons, grâce à une gestion ingénieuse de l’espace. Tourné dans un gigantesque studio d’Europe de l’Est, Le Transperceneige jouit d’idées formelles puissantes. Le réalisateur Coréen se sert habillement des perspectives et lignes définies par les couloirs pour reproduire la linéarité de l’action, si bien que le spectateur a l’impression de participer à cette révolte progressive (principalement mise en scène de la droite vers la gauche). Pourtant, Bong Joon-Ho ne manque pas de nous rappeler notre place de témoin privilégié. Comme le réalisateur l’a souligné pendant une conférence de presse : le train est une machine relevant du fantasme, et de laquelle le passager a sans cesse envie de s’extraire. Les plans vus de la fenêtre ou de l’extérieur vont dans ce sens, et s’apparente à des bouffés d’oxygène salvatrices pour les claustrophobes.

La réalisation est d’autant plus réussie qu’elle brille par son dynamisme. Soutenue par des pistes sonores et un montage  aussi grisants que riches en émotion, l’atmosphère épique de certaines situations tient inévitablement des meilleures productions coréennes. On regrette alors que la fin du film, peut-être trop bavarde et trop généreuse en révélations, ne laisse aucune place à la suggestion et casse un rythme jusqu’ici exemplaire. On ressort alors du Transperceneige avec cette drôle d’impression : celle d’avoir vu une oeuvre d’une ingéniosité et d’une finesse rare, mais qui pâtit d’un final explicatif pour le moins assommant. Il est dommage, pour un film bénéficiant d’une mise en scène si incroyable la majeure partie du temps, de voir son dispositif être mis de côté pendant de trop longues minutes. Un long métrage excellent, parfois dérangeant par son propos et son approche de la décadence, mais tiré vers le bas par un dénouement assez maladroitement écrit et filmé.

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