Le Vent se lève : bon vent, Miyazaki

leventselève_02

Ultime film d’Hayao Miyazaki, Le Vent se lève est peut-être son œuvre la plus fascinante. Un constat qui découle d’une écriture unique, dans laquelle ne cessent de s’entremêler fiction et réalité.

Le long métrage prend pour héros Jirô Horikoshi, ingénieur à l’origine du Mitsubishi Zero, un avion de chasse japonais ayant sévi durant la Seconde Guerre Mondiale. Loin des fables écologiques des années 80 et 90, Le Vent se lève s’ancre tout de même dans la carrière de Miyazaki, au point qu’on n’imagine mal, désormais, que le réalisateur eut pu prendre sa retraite sur une note plus juste. Derrière son protagoniste rêvant de concevoir des avions se cache en fait le créateur japonais (lui-même passionné d’aéronautique). Le discours pacifiste du film réside dans cette analogie omniprésente, montrant que la frontière entre un criminel de guerre et un artiste est parfois mince. Miyazaki se projette dans son héros de façon touchante, au point que certaines tirades conviennent aussi bien à l’un qu’à l’autre. On pense aux mots sur l’inspiration, ou à ceux faisant référence au fait de vivre sa passion en dirigeant une équipe plutôt qu’en étant directement impliqué. Plus globalement, le cinéaste insuffle une part de lui dans chaque personnage, qu’il s’agisse d’un ingénieur italien parlant de sa retraite, ou de la compagne de Jirô disant à son bien-aimé de vivre sa vie sans elle… ou du moins d’essayer.

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre » : voici le leitmotiv qui anime le dernier Miyazaki. Tiré d’un poème de Paul Valéry (Le Cimetière marin, réflexion métaphysique et abstraite sur la mort), ce vers reflète une certaine philosophie, affirmant qu’il faut parfois faire le choix de vivre envers et contre tout. Ce choix, c’est celui auquel sont confrontés les protagonistes, pourtant entourés par un chaos ambiant. C’est en ce sens que long métrage demeure une œuvre pacifiste. Conspué par certains (le film prend pour héros un homme parfois considéré comme un criminel), Le Vent se lève est en réalité une ode à la vie. Car le propos du film n’est pas tant le fait de légitimer les actes de Jirô Horikoshi que de voir Miyazaki crier au monde « et si j’avais été cet homme ? ». Ainsi, le réalisateur japonais n’a jamais autant mêlé imaginaire et réalité (de ce fait, le choix d’un film d’animation est parfaitement justifié), livrant ici son film le plus personnel. Une fois le long métrage fini, l’impression est pour le moins singulière : celle d’avoir écouté un vieux sage nous donner une exceptionnelle leçon d’humanité. Un très grand film.

Acheter Le Vent se lève en DVD ou Blu-ray
A lire aussi : Les Enfants Loups, leçon d’animation par Mamoru Hosoda