Aronofsky soulève de nouvelles questions avec Noé

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Trois ans après le succès de Black Swan, Darren Aronofsky nous dévoile sa passion pour Noé et son arche. Par certains aspects, Noé n’est pas sans rappeler The Fountain, film avec lequel il partage quelques thématiques telles que la mort ou la renaissance. Quant au héros, il rappelle évidemment les autres protagonistes du réalisateur, tous victimes d’obsessions synonymes de questionnements métaphysiques. Mais en une petite décennie, Aronofsky a eu le temps de gagner en maturité, et sa vision de l’arche de Noé d’évoluer avec lui. Pas étonnant quand on sait que l’idée de faire un film sur le récit biblique le hantait depuis sa jeunesse.

Les écrits religieux ont toujours été sujets à moult interprétations. Avec Noé, Darren Aronofsky nous livre à la fois une vision fidèle et personnelle du récit biblique. La fidélité découle ici de l’illustration méthodique du texte qui, comme tout le monde le sait, nous conte l’histoire de Noé sommé par Dieu de construire une arche pour sauver des espèces du déluge. Le film retranscrit donc avec exactitude chaque ligne du récit, avec l’obstination que l’on sait chère au cinéaste. En revanche, Aronofsky a brodé autour de l’histoire originelle pour y apporter de la consistance. C’est de ces ajouts que résulte son interprétation toute personnelle. Car si le film reprend l’intégralité du récit, il y ajoute un mysticisme particulier et des thématiques chères au réalisateur.

Noé ne limite pas son discours au récit biblique et y ajoute du conflit. Noé est le descendant de Seth, lui-même frère de Caïn et Abel. Meurtrier d’Abel, Caïn et sa descendance ont déclenché le courroux du créateur. Rapidement, deux clans se dessinent : d’un côté les hommes impies et assoiffés de conflits, de l’autre Noé et le divin. Tandis que les premiers pillent la création de Dieu, le héros garde les vertus pacifistes et naturalistes léguées par ses ancêtres (après le meurtre d’Abel, Adam a voulu avoir d’autres enfants plus vertueux, dont Seth). Un point qui pousse Noé à croire, au fil du long métrage, qu’il a été choisi pour son dévouement et sa foi. Habillé d’une imagerie assez surprenante (les anges déchus sont des golems de pierre aux mouvements désordonnés), le film finit par se retrancher dans la sobriété.

Le dernier tiers du film brille par sa simplicité filmique. Aculé dans son arche, Noé est rongé par les doutes et les questionnements, et montre une facette obsessionnelle qui n’est pas sans rappeler d’autres personnages de Darren Aronofsky. Flottant sur l’eau, l’arche devient comme un décor de huis clos dans lequel des conflits humains et religieux s’invitent. Tandis qu’il pensait être libéré de la malice humaine, le héros se rend compte que le mal est peut être présent en lui. En fait, c’est l’équilibre entre récit biblique et réflexion métaphysique qui fait la force de Noé. Du comportement obsessionnel de Noé surgissent de nombreuses interrogations. A-t-on le droit de douter de Dieu ? Jusqu’où peut-on aller en son nom ? Comment interpréter un signe du créateur ?

Le cinéaste a l’intelligence de tourner le récit biblique en une réelle réflexion, appuyée par une mise en scène épurée, principalement faite de gros plans et en adéquation avec le propos. Les plans quasi-subliminaux et le mixage si caractéristiques du réalisateur servent principalement à deux choses : insuffler du mysticisme en évoquant la création et l’évolution, ou rappeler le péché originel tout au long du film. Couplé aux musiques de Clint Mansell, la réalisation parachève un habile mélange à mi-chemin entre mysticisme exaltant et sobriété rassurante. En fin de compte, Noé tranche avec d’autres œuvres du réalisateur. Ici, l’obsession n’est plus tant caractérisée par la plastique filmique que par l’intériorité du personnage et l’accumulation des doutes. Un style plus naturel, comme si, à l’instar de Dieu décidant de faire tomber le déluge, Aronofsky avait décidé de purifier son cinéma.

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