Twixt, rencontre entre Coppola, Val Kilmer et Edgar Poe

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Avec Twixt, Francis Ford Coppola achève une trilogie particulière. Dans les années 2000, le cinéaste se rend compte d’une chose : il est impossible, pour un artiste, de lutter contre les succès passés. Plutôt que de se perdre dans des redites décevantes, le réalisateur décide de se consacrer à des projets plus personnels et à moindre budgets. L’homme sans âge sort en 2007, Tetro le suit deux ans plus tard et Twixt, final d’une trilogie au dessein salvateur, voit le jour en 2012.

Twixt nous conte l’histoire de Hall Baltimore, un écrivain has-been incarné par Val Kilmer. En séance de dédicace dans une petite bourgade américaine, cet auteur de roman gothique, père d’une fille décédée par accident, cherche tant bien que mal à retrouver l’inspiration. L’analogie avec Coppola saute aux yeux, aussi bien pour le statut d’auteur en panne de créativité que pour la perte d’un enfant (Coppola a lui aussi perdu un fils). Le réalisateur a même révélé s’être inspiré de son expérience personnelle (un rêve fait lors de la pré-production) pour créer la mécanique temporelle de son long métrage. Car Twist reste un film d’horreur à la frontière de la série B. Pour combattre le syndrome de la page blanche, Hall Baltimore se réfugie lui aussi dans ses rêves, dans lesquels il croise Edgar Poe ainsi qu’une jeune fille au teint livide, autrefois habitante des environs. Parallèlement, dans la réalité, un shérif montre à l’écrivain une étrange victime : une femme transpercée par un gigantesque pieu, comme les vampires…

Le génie de Twixt vient de sa façon de mêler réalité et illusion. Comme l’indique le beffroi de la ville, orné de sept pendules qui indiquent des heures différentes, le temps est une notion toute relative. Ainsi, par sa mise en scène, son esthétisme affirmé et son montage, Twixt confond plusieurs univers pour n’en faire qu’un. D’ailleurs, le titre du film, que l’on peut traduire par « entre », confirme cette volonté de créer un personnage confronté à l’espace-temps. L’un des points les plus intéressants du long métrage demeure la façon dont l’objet cinématographique s’ancre dans la réalité, la nôtre. Car derrière cette histoire d’un Val Kilmer chasseur de vampires, on retrouve une thématique éminemment personnelle : celle du deuil – et donc celui de Coppola. Twixt se révèle alors être un beau film sur ce cheminement et cette façon de rester bloquer « entre » la vie (la nôtre) et la mort (celle du défunt). « On ne change pas le temps, c’est le temps qui nous change », dit un personnage au cours du film.

Le paradoxe de Twixt, c’est qu’il est à la fois l’une des productions les plus intimes de Coppola mais aussi l’une des plus libérées. Car si le pari est réussi, c’est autant pour l’impact de la vie du réalisateur sur son long métrage (lorsque Edgar Poe donne sa recette du succès, il l’a donne autant à Val Kilmer qu’à Coppola, qui l’applique avec exactitude) que pour le culot de la mise en scène. Dans Twixt, le cinéaste à l’audace d’un débutant, redoublant d’idées pour surprendre son monde. On le savait joueur, mais on ne l’imaginait pas renaître d’une telle façon, avec exubérance et brio. Cela tombe bien : c’est ce qu’il souhaitait. Après pareil renaissance, le prochain film de Coppola pourrait bien être tout autant exceptionnel, si ce n’est plus encore.

Acheter Twixt en DVD ou Blu-Ray.
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