Le Stratège, pari payant pour Brad Pitt

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A l’origine de Le Stratège, il y a l’histoire de Billy Bean, un homme qui popularisa l’utilisation des subermetrics dans le baseball. Derrière ce nom barbare se cache un recrutement uniquement basé sur les statistiques, dans le but de construire une équipe compétitive à moindre coût. Le Stratège nous conte l’histoire de cet ancien joueur devenu manager général des Athletics d’Oakland et qui, au début des années 2000, révolutionna un sport brassant sans cesse plus d’argent.

Plus qu’être la simple adaptation d’un livre (Moneyball : The Art of Winning an Unfair Game, auquel on doit le titre original du film), Le Stratège explore l’Homme en ayant pour thème principal la confiance, aussi bien en soi qu’en les autres. C’est de ce sujet que découle les desseins du long métrage, en matière d’écriture mais également de mise en scène. En fait, l’œuvre de Benett Miller s’éloigne judicieusement des success stories habituelles : ici, le spectacle n’est pas tant le sport que l’humain (en témoigne les séquences de baseball finalement peu nombreuses) et l’attraction majeure reste le protagoniste impeccablement interprété par Brad Pitt. Alors que Billy Bean est percutant et drôle quand il rentre dans le lard de ses collaborateurs, il se révèle touchant lorsqu’il regarde son passé, comme prisonnier de celui-ci. Car s’il est manager général, c’est parce qu’il n’a pas eu la carrière de joueur espérée. Bouffé par la pression, l’homme n’a pu confirmer un potentiel pourtant ahurissant. C’est dans cette tranche d’humanité que Le Stratège trouve l’humilité qui le transporte.

Cette quête de soi est traduite en chanson par The Show de Lenka, chantée par la fille de Billy Bean à la fin du film. Un morceau significatif puisque parlant de quelqu’un qui n’arrive pas à profiter de l’instant. C’est dans cette insatisfaction continue – ici synonyme de tourment, que réside les faiblesses du personnage. Sans cesse accroché à ses échecs passés (et avec la finale de la ligue majeure comme chimère), le héros ne parvient pas à contempler ce qu’il crée. Un conflit intérieur qui transparaît aussi dans la mise en scène : dans un premier temps à travers ces moments de flottements laissant entrevoir un héros seul, isolé, étouffé voire presque névrosé (lorsqu’il rechigne à assister aux matchs de son équipe par superstition) puis dans ces joutes verbales entre celui-ci et les acteurs du baseball, délicieusement écrites et reflétant une tension parfois excitante. Piètre joueur de baseball, Billy Bean manie les mots et les rouages du système avec brio. C’est de cette dichotomie, de ces deux facettes du personnage que résulte l’intérêt de ce film définitivement centré sur l’humain. Alors quand en plus Brad Pitt est accompagné d’un excellent Johna Hill (pourtant habitué aux comédies graveleuses américaines), on ne peut que saluer la sortie de ce film qui, à l’instar de l’équipe dont il parle, n’avait pas grand-chose pour lui sur le papier. Un film d’équipe sur le travail d’équipe.

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