Les Enfants Loups, leçon d’animation avec Mamoru Hosoda

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Avec La Traversée du Temps et Summer Wars, Mamoru Hosoda a prouvé qu’il était de la trempe du regretté Satoshi Kon. Construisant un cinéma du quotidien autour de thématiques sociales fortes, il utilise l’animation pour imager ce qui ne peut l’être d’ordinaire. Ainsi, son œuvre récente est surtout faite de métaphores et d’allégories, comme pour adoucir un propos relativement dur. En la matière, Les Enfants Loups, Ame et Yuki est exemplaire, montrant les enjeux résidant dans le cinéma d’animation.

Un plan large sur un pont. Sohei et Hana son face-à-face, distants. Le jeune homme désire révéler son secret mais n’y arrive pas. Long silence. Une nuit, Sohei se confie enfin : il est capable de se transformer en loup. Les années passent et Hana est enceinte de son deuxième enfant. Alors que ce dernier vient de naître, son père est retrouvé mort près d’un canal, changé en loup et avec des résidus de plumes sur le corps. Les Enfants Loups raconte l’histoire de cette mère éduquant seule ses enfants capables, lorsqu’ils le souhaitent, de se transformer en canidés. Le film de Hosoda est avant tout une histoire de deuil et s’ancre donc dans la réalité. Un point d’autant plus vrai que le film montre de nombreux gestes du quotidien, si bien que de nombreux passages auraient pu être filmés en prises de vue réelles.

C’est à la fois ce qu’il y a de beau et de perturbant dans Les Enfants Loups. L’hyper-réalisme se confronte à la poésie de l’animation. A la manière des grands films animés des vingt dernières années, le long métrage de Mamoru Hosoda utilise le dessin pour polir, suggérer et rendre accessible son discours. Dans la réalité, il serait par exemple terrifiant d’observer un homme ou un enfant se transformer en loups. Voir cette métamorphose de façon poétique fait ressortir la symbolique du propos. Hana résume très bien, au début du film, la décision que ses enfants doivent prendre : être un loup ou un homme. Sauf que ce choix est intimement lié au deuil de leur père. Si Yuki, l’aînée, l’a connu toute bébé, Ame n’a même pas le temps de sentir sa présence. C’est peut-être pour ça que, au fil du long métrage, ce dernier se renferme progressivement sur ses origines bestiales.

Les Enfants Loups est donc un film sur la transmission, au point que même les voisins d’Hana lui apprennent à cultiver ses terres. Cette notion donne également naissance à l’une des plus belles scènes du long métrage lorsque, après une balade dans la neige magnifiquement mise en scène, le jeune Ame tombe dans une rivière et frôle la mort. Une fois sorti de l’eau, l’analogie avec son père est saisissante : heureux, le jeune homme s’est senti pousser des ailes et a essayé d’attraper un oiseau. Ce qui est magnifique, c’est que le fils parle alors à la place de Sohei, expliquant sans le savoir la mort de ce denier. La scène est d’autant plus belle qu’elle fût précédée quelques minutes plus tôt d’un travelling magistral ; ou comment cumuler maestria technique et émotion.

Car le film de Mamoru Hosoda n’est pas seulement bien écrit : il profite d’intentions de mise en scène remarquables. En témoigne un jeu de rideaux à la fin du film, expliquant par l’image le choix de Yuki. De même, on peut souligner la façon dont Hosoda parvient à faire défiler les années tout en intégrant du quotidien à son film. Le plan séquence montrant la croissance des enfants lors de leur scolarité (et par la même occasion l’évolution de leurs mentalités) est aussi touchant qu’ingénieux. Enfin, un mot sur la bande originale composée par Takagi Masakatsu, à la fois « bestiale » de par les percussions et emprunte de liberté. Les musiques ont la chance d’être mises en valeur par un mixage jouant sur une subjectivité qui attise les sens. Et il en va de même pour les bruitages plus vrais que nature (notamment la pluie).

Ecriture, mise en scène, montage, savoir-faire technique… Les Enfants Loups est le digne représentant d’un cinéma total, chose peu courante dans l’animation moderne (et encore moins dans le cinéma occidental). Bien qu’il ne soit pas rare que les gens pleurent devant un film, cela est souvent dû au scénario. Avec le film de Mamoru Hosoda, on est surpris par la synergie de l’ensemble, émerveillé par l’histoire, sa tonalité mais aussi par le fait de sentir un génie déployer son talent. Pleurer d’émotion et d’admiration, ça peut aussi être cela, le cinéma.

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