Prisoners, prisonnier de David Fincher

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Vous êtes dans la salle de cinéma et vous attendez tranquillement que les publicités défilent. Soudain, une bande-annonce attire votre attention : Jake Gyllenhaale, Hugh Jackman, une histoire de serial killer… et une réalisation rappelant inévitablement celle de David Fincher. Le hic : ce n‘est pas lui qui réalise Prisoners mais Denis Villeneuve, inconnu du grand public. Bonne surprise ou pâle copie d’un style reconnaissable entre mille ?

Alors qu’elle passe un après-midi chez des voisins, la petite Anna se fait enlever. Grâce à sa famille, les enquêteurs savent qu’elle jouait près d’un camping-car quelques instants avant sa disparition. Fatigué de voir que l’enquête ne progresse pas, le père d’Anna prend les choses en main et torture un suspect qu’il sait coupable. Prisoners base son récit sur l’opposition entre deux visions de la justice : l’une légale, l’autre vengeresse. Pris dans un scénario labyrinthique, les auteurs ont ajouté une dimension religieuse au récit : au fil de l’histoire, on apprend que tout ça a été fait dans l’unique but de détruire la foi des protagonistes. Film américain oblige, le spectateur se rend vite compte qu’il n’en est rien, et que c’est en partie grâce à leurs croyances que les personnages avancent dans le dédale scénaristique.

Puisqu’on parle de labyrinthe, le long métrage se perd dans son accumulation de fausses pistes. Si les rebondissements tiennent le spectateur en haleine, ils entraînent aussi leur lot d’incohérences. De même, il est compliqué de ne pas voir en Prisoners un amoncellement de clichés. Entre le père vengeur et irrationnel, le psychopathe à lunettes ou même les motivations religieuses se cachant derrière tout cela… le cinéphile pense inévitablement aux thrillers de ces 20 dernières années. Point amusant : Jack Gyllenhale en enquêteur surdoué, prolongement (en quelque sorte) de son rôle dans le génial Zodiac de Fincher. D’ailleurs, les thématiques principales de Prisoners – le mal et la paranoïa – rappellent également le réalisateur américain. Tout est ici question de jugement et le dernier plan du film est justement une petite déception, polissant un discours qui aurait pu être plus percutant (notamment vis-à-vis de Dieu, de l’aspect punitif, etc).

L’aspect le plus troublant de Prisoners reste toutefois sa réalisation. A vrai dire, le film pourrait être segmenté en deux parties. Sans tenir la comparaison avec ses modèles, la première moitié du long métrage bénéficie d’une mise en scène plutôt efficace et ingénieuse. A l’instar de David Fincher, Denis Villeneuve insuffle une ambiance à l’aide du cadre, suggérant les événements sans les montrer pour autant. Le plan simulant la disparition des fillettes en est le parfait exemple : un simple zoom sur un tronc d’arbre, comme pour indiquer au spectateur que quelque chose allant contre nature est en train de se passer. Le souci, c’est que la deuxième partie de Prisoners est plus didactique que la première et dissipe le mystère initial. En montrant au spectateur les criminels, le réalisateur saborde sa mise en scène, celle-ci ne servant plus qu’à illustrer bêtement son histoire. Notons quand même une jolie exception : un plan de torture simulant une discussion dans un confessionnal, comme pour rappeler une énième fois la présence du divin.

Prisoners alterne donc entre réussite et déception. D’un côté, on se surprend à être porté par l’intrigue (en particulier pendant la première heure) ; de l’autre, on regrette que le propos tienne avant tout de l’écriture. C’est la principale différence avec les œuvres de Fincher dont il s’inspire. Quand le réalisateur américain prend un malin plaisir à jouer de sa caméra malsaine pour représenter le mal, Denis Villeneuve tombe assez rapidement dans la simple illustration. A force de tout miser sur ses rebondissements, Prisoners perd en crédibilité. Moins juste et extrême dans son propos que les grands thrillers de la décennie passée, le film contentera avant tout le grand public adepte de film du dimanche. C’est déjà ça.

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